Scum YOM YOM 2
L’écran de la peur
Par
«Quand tu es une femme tu es l’autre ; ça change ton rapport à l’autre, puisque l’autre c’est d’abord toi »
« Aujourd’hui je n’ose même pas me faire de reproches. Criés à l’intérieur de ce jour vide, leur écho vous soulèverait le cœur. »
Kafka Journal, 22 décembre 1910.
Valérie Solanas est un prophète.
Voir un homme effondré par l’é-vide-nce de lui-même,
Voir un homme dépouillé de tout ce qui recouvrait "la peur hideuse et secrète que l’on découvre qu’il n’est pas une femme, qu’il est un mâle, un être moins qu’humain", relève de la parole prophétique définie par Blanchot : « Quelque chose s’y déploie dans la violence abrupte, déchirante, exaltante et monotone d’une perpétuelle prise à partie de l’homme aux confins de son pouvoir ».
Celui qui est montré n’est pas l’ennemi de Solanas, il n’est pas réellement un homme.
Il est une mimique de la prophétie, une projection éructant, vociférante, grand guignol, il meurt de solitude dans la contemplation de lui-même sur des écrans… il est presque content repu de sa pleine présence, parousia, corps glorieux. Il somnole dans le symbolique.
« Pourtant, si les paroles prophétiques parvenaient jusqu’à nous, ce qu’elles nous feraient sentir c’est qu’elles ne détiennent ni allégorie ni symbole, mais que, par la force concrète du mot, elles mettent à nu les choses …
Ici, l’installation vidéo est cette force concrète qui permet cette saillie hors-symbole ; instantanée, immédiate car visuelle : elle sort du récit et se constitue comme profondeur, dimension.
... nudité qui est comme celle d’un immense visage qu’on voit et qu’on ne voit pas, et qui, comme un visage, est lumière, l’absolu de la lumière, effrayante et ravissante, familière et insaisissable, immédiatement présente et infiniment étrangère, toujours à venir, toujours à découvrir et même à provoquer, quoique aussi lisible que peut l’être la nudité du visage humain : en ce sens seulement, figure. »
De ce détour par la prophétie qui est une mimique vivante -ici prise à la lettre, incarnée,
de cet écho prolongé et vibrant du bouffon et de l’écran, naîtra peut-être un espace qui s’emplira ce jour de la présence de l’autre, laissant nos cœurs…