deux lectures, deux impressions

Publié le par cl

  • La Bible, c'est quand même autre chose que Marek Halter...

Je viens de lire Sarah de Marek Halter, histoire de... L'idée d'écrire "la Bible au Féminin" pourrait être séduisante... Le résultat - jolie reconstitution d'une époque idéalisée, péplum littéraire sympathique, grands sentiments / scènes croustillantes - laisse certes une image de la femme de l'époque pleine de contrastes, respectueuse et insoumise, fragile et forte, pleine de doutes et d'espérances (caressons-les dans le sens du poil semble nous dire cet amoureux de la belle phrase)...
MAIS quelle image de la femme qui lira ce livre, à qui s'adresse ce livre ?? Ecrire sur les femmes, pour les femmes, implique-t-il forcément la bleuette de roman de gare ?? (Père pardonne-lui il ne sait pas ce qu'il fait) Du coup je relis la Genèse. Un mal pour un Bien !

  • Antigone, l'art du chant / contre - chant...hors champ
J'ai relu hier dans le train ce chef-d'oeuvre de Sophocle, court, efficace, sans concession - voilà un livre sur les femmes ! - J'ai été très frappée par l'une des dernières scènes dont curieusement je n'avais aucun souvenir. On se rappelle toujours les dialogues cinglants (gifflants) entre Antigone et Ismène ou Créon, la plaidoirie d'Hémon face à son père, mais qui se souvient de silence d'Eurydice femme de Créon apprenant la mort de son fils de la bouche d'un messager (digne de Théramène) ? Elle sort de son palais, questionne sur la rumeur, écoute, puis, silencieuse, se retourne et rentre dans son palais. Angoisse du coryphée et du messager. On imagine des regards en gros plan, des silences - une mouche, western - Créon arrive portant le corps d'Hémon. On entend déjà la musique - western encore - et un serviteur sort du palais affolé. Eurydice, après avoir maudit son mari pour la mort de ses deux fils (l'autre était tombé pour Thèbes), entendant approcher les lamentations pour Hémon, se transperce le foie d'un coup d'épée. L'art du hors-champ. Je pense à Roy Andersson et à son jeu si particulier avec le hors-champ sonore (foules repentantes) qui apparaît soudain dans le fond d'un plan, derrière une vitre ou au coin d'une rue - comme dans une annonciation de Fra Angelico, comme si l'annonce devait toujours s'annoncer hors-champ pour préparer personnages et spectateurs -. Cela donne envie de faire un film... Une très belle tragédie moderne sobre et excessive, comme Chanson..., mais chaude, un peu collante, et désertique... western encore ? Vivement Oedipe !

Cl
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Publié dans nw-theatre

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