lettre à Michel
« Monsieur de Molière aimait faire des farces.
Alors moi, je pense que cette mort-là est une farce.
Il était capable de tout, vous savez, même de rire de sa propre mort. »
Ces mots que tu as écrits, Michel, je les entends dans ma tête en boucle depuis trois jours.
Michel Humbert est mort.
Tu m’excuseras de ne pas l’accepter, de te parler quand même, de te parler comme si…
Si tu étais en face de moi nous aurions un échange de regards amusés.
Je te dirais : Michel, tu sais après la mort… Tu me dirais : Mouis, ça c’est toi qui le dis.
Ces querelles de clochers et de non clochers vont me manquer.
Tu es parti trop vite, les discussions n’étaient pas terminées, ni le théâtre, ni… Je ne sais pas. La mort ferme ma bouche et m’empêche de parler, mais tu me revaudras ça.
Tu es parti en homme de théâtre, travaillant jusqu’au bout. Tu as surpris tout le monde, cette dernière pirouette te va bien. Au fond, je crois que je n’aurais pas imaginé autre chose.
Michel Humbert est mort.
« C’est dommage, mais quoi, nous sommes tous mortels et chacun est pour soi. » ?
Non. Ce n’est pas « dommage », c’est triste, c’est choquant, et aujourd’hui chacun est pour toi.
On se retrouvera peut-être un jour, ailleurs. Dans un lieu qui n’est pas ici.
On mangera des côtes de porc - haricots verts - endives.
Je te dirai : tu vois, Michel, j’avais raison.
Tu me répondras : Mouis, hum, oh, ça reste à prouver. Mais, ce n’est pas…inintéressant.
Alors pour reprendre ce qui dans ta bouche était un grand compliment, Michel, tu n’étais vraiment pas « inintéressant ».
claire