Par exemple, quand je vois les arbres bouger, j'en conclus qu'il y a du vent. Autrement dit, c'est le sens de ce que j'ai sous les yeux
Dans ce cas de figure, cette explication-conclusion est presque vérité...
Il y a d'autres manifestations dont l'interprétation conclut plus à des suppositions : si on ajoute à ce tableau « vent dans les arbres » une présence humaine, on se demandera si cette personne
veut se mettre à l'abri du vent, si elle est là parce qu'elle aime le vent, si elle a froid etc.
C'est un acte fondé sur un effort d'imagination, qui consiste à se représenter mentalement des raisons (pourquoi cette personne est là), des combinaisons d'idées. Imaginer, c'est proche de
chercher, concevoir, inventer... c'est même souvent tout cela à la fois.
Les signes, les codes sont des supports pour l'imagination, comme les marches d'un escalier qui conduisent vers...du sens.
Interpréter, donc, c'est pour une part faire des hypothèses : et si, on dirait que, c'est comme si....
Il y a toujours dans l'interprétation une dimension personnelle liée à l'imagination, et aussi des repères, des sens fixés, des codes ou des conventions. Par exemple, dans une phrase, le point (qui est un signe typographique) signifie, par convention, que la phrase est terminée, la virgule que la phrase se développe. Un stop à un carrefour signifie, par code, qu'il faut s'arrêter.
L'espace scénique vu sous cet angle
Il faut se représenter que la scène porte elle aussi ses règles et ses habitudes, qu'elle est tout sauf un espace neutre.
Elle est chargée d'histoire, donc d'habitudes, de repères...
Elle convoque des images ou des interprétations, parfois des légendes, des appellations, des principes issus d'une culture commune très ancienne et qui n'appartient pas qu'au théâtre.
Il ne s'agit pas de vérité, mais de culture, quelque chose comme une tradition orale.
Le théâtre est toujours à réinventer, entre connaissance (ce que je sais, ce qui m'a été transmis) et questionnements (mon interprétation, la confrontation au monde actuel)...
« L'art nous est donné pour nous empêcher de mourir de la vérité » Nietzsche
L'investissement de la scène produit du sens, d'autant plus qu'elle agit comme une loupe, grossissant la réalité : ce qui est signifiant dans la vie l'est encore plus au théâtre.
Si l'on ajoute à cela que certaines zones de la scène sont en elles-mêmes signifiantes (du fait de la tradition et de conventions), on comprend que la scène est par excellence le lieu de
l'interprétation.
Exemples de significations associées à certains lieux de la scène :
Avant-scène / face :
Aparté, Confidence, Secret, Intimité, Fragilité
Arrière-scène / Lointain :
Apparition, Deus ex machina, Destin, Résolution, Prophétie, Force, Pouvoir
Milieu/mitar/théâtre :
Action, Décision, Jugement, Drame
nb : ce ne sont pas des vérités immuables, mais des repères, qu'on peut bouleverser dans le travail.
Et
« Les bons entrent à jardin, les méchants, les rebelles entrent à cour »
C'est une tradition dont l'origine est liée à l'écriture et à la religion chrétienne.
On écrit de la gauche vers la droite.
Si vous faites l'expérience de noter sur une feuille blanche votre date de naissance et la date d'aujourd'hui, vous verrez que spontanément vous écrirez la date la plus ancienne à gauche, et la
plus récente à droite. Le passé est spontanément à gauche, la ligne du temps, les frises chronologiques vont de la gauche vers la droite.
Ainsi, entrer par le côté cour, ce serait entrer en remontant le sens de l'écriture...donc être à contre-courant, agir contre le sens de l'histoire, contre l'ordre établi (Idées, images associées
: revenir de l'enfer ...)
Cette analogie avec le sens de l'écriture est passionnante et serait validée, ainsi que le remarque Ewa Lewinson, par le fait que dans le théâtre japonais, le théâtre nô, les acteurs se déplacent
sur scène en descendant et en remontant, du haut vers le bas, de l'arrière-scène à l'avant-scène...or les japonais écrivent de haut en bas....
L'origine est liée aussi à la religion chrétienne. Nous savons que les origines du théâtre se confondent avec les rituels religieux.
Et bien dans la religion chrétienne, il est dit que le mauvais larron était à la gauche de Jésus sur la croix. Ne dit-on pas d'ailleurs, « être à la droite de Dieu » ? Ne parle-t-on pas du
meilleur assistant en disant qu'il est « le bras droit » du patron ? Cette localisation du bien et du mal est passée dans le langage courant. Certaines langues comme l'italien ou l'espagnol, vont
plus loin encore : « siniestro » en espagnol signifie à la fois « la gauche » et « sinistre »...
A suivre...
AL