Mercredi 20 juin 2007 3 20 /06 /2007 21:27

Rouge fraise et blanche sainte

 Chorus sur un air performé par Lidwine Prolonge à Paris le 11 juin 2007.

 Un bureau, sur le bureau à droite une lampe étroite montante à hauteur d’épaule humaine, à gauche une boîte carrée de carton à hauteur de pâtisserie.

 Sur le mur blanc, le mur blanc,

si, une porte  à l’extrême droite du mur blanc .

 En face, à gauche du bureau un téléviseur, une caméra.

 La porte s’ouvre.

 Entre une jeune femme en escarpins blancs, collant ivoire à résille, jupe droite moulante blanche, bustier moulant échancré blanc sur des bras blancs, un visage blanc sans maquillage, les cheveux noirs.

 La jeune femme se place sur la chaise derrière le bureau. La jeune femme se fige.

 Le mur blanc devient un carré de lumière.  Apparaît le plat de l’image.

 Le générique annonce en blanc sur noir la couleur :  de la blancheur virginale de la sainte et du rouge de la vie, de la mort.

 Sainte Lidwine ressuscitée par la voix de ses souffrances, de son calvaire, de sa sainteté dira l’auto mutilation du corps des femmes d’aujourd’hui.

 Apparaît le plat de l’image.

 Sur la surface, une jeune femme enceinte, la sainte extatique allongée à l’horizontal et ascensionnelle, le visage en arrière, nimbé de lumière blanche, entouré d’un halo vert.

Derrière elle par la fenêtre ouverte ,des arbres, sous son corps, le divan est vert.

 

 La jeune femme enceinte, la sainte a les ongles peints de rouge sang.

La jeune femme enceinte, la sainte a les lèvres de sa bouche peint de rouge de vie.

La  jeune femme enceinte, la sainte a dans la  main une tartelette aux fraises rouges lisses.

 

La jeune femme blanche assise derrière la table en reproduction de la sainte.

La jeune femme blanche a le même prénom que la sainte. Elle est Lidwine.

Elle vient de prendre dans le carton posé sur la table une tartelette aux fraises.

 Elle est la mimesis des gestes de la jeune femme en rouge. Elle porte à sa bouche la tartelette aux fraises. Elle croque la pâte, se concentre pour ne pas laisser échapper de la bouchée une fraise.

 
La jeune femme blanche suit les mouvements des mains, de bouche de la jeune femme enceinte, la sainte de surface.

 La jeune femme blanche ingurgite la tartelette, sa langue travaille, sa glotte vibre, son buste se soulève.

 
La voix dit la couleur de la sainte Lidwine. Elle est verdâtre de maladie, elle est jaune de pustules, elle est grise de torsion.

 La première tartelette terminée, le plat de l’image de la jeune femme enceinte, la sainte disparaît dans le noir.

 La jeune femme blanche est figée derrière son bureau.

 Sur la surface du mur blanc réapparaît la main portant une tartelette de fraises à sa bouche. La sainte, la jeune femme enceinte devient tartelette de fraises.

 La jeune femme blanche est la marionnette de la sainte. Elle prend une deuxième tartelette dans le carton et la porte à sa bouche. Elle dévore la tartelette à la vitesse des mouvements de la sainte, la jeune femme enceinte.

La voix dit les soins inutiles apportés aux soulagements de sainte Lidwine. Tout empire sous l’emprise de sens.

 Sur la surface du mur de la jeune femme enceinte, la sainte aux ongles peints de rouge, l’image se grippe.

 
Ainsi en va-t-il de celle en blanc.

 
Combien peut – elle contenir de tartelettes cette boîte ?

 La jeune femme enceinte a dans la main la troisième tartelette de taches rouges.

 
La jeune femme blanche vient de plonger sa main dans le carton.

 Les jeunes femmes mangent la tartelette aux fraises, morceau par morceau, pâte brisée, fraises fraîches, gélatine rouge un peu transparente.

 La voix dit les malédictions s’abattant sur la sainte. Les manifestations de son corps, odorantes, répugnantes, dégoûtantes.

 
Combien de tartelettes la performeuse va t – elle encore absorber ?

 
La jeune femme enceinte, la sainte extatique transporte à ses lèvres une quatrième tartelette. Elle le fait à la surface du mur. Elle le fait pour du pas vrai du maintenant.

 
La jeune femme blanche se gave devant nous de tartelette pour du vrai de maintenant.

 La voix dit l’autre temps de Sainte Lidwine. La peste fut la seule maladie à laquelle son corps échappa.

 Combien de tartelettes la performeuse a –t-elle déjà avalées ? trois quatre cinq ? L’inconcevable n’est pas compté.

 

La jeune femme en rouge sans hâte mange bouchée par bouchée une tartelette. Elle est ailleurs. Elle est dans le lieu et le temps de la tartelette aux fraises.

 La jeune femme blanche devient la jeune femme en rouge qui devient tartelettes aux fraises qui devient la sainte Lidwine.

 La voix s’est tue. L’image a imprimé en blanc sur noir la 208 ème mort de sainte Lidwine par inanition.

 Combien de tartelettes aux fraises peut-il y avoir encore dans cette foutue boîte en carton ?

 La jeune femme enceinte, la plate sainte est dédoublée. Une à droite, une à gauche. Profusion de saintes.

 Celle en volume, en trois dimension, celle qui mange là devant nous dans la pièce prend dans la boîte deux tartelettes. Ses mains sont métamorphosées en tartelettes.

 C’est le chaos, c’est l’enfer.

 La voix dit le bonheur de la sainte, dans la perte de son corps.

 Je ne veux pas savoir combien il y a encore de tartelettes dans le carton, je veux que cela s’arrête, j’ai un haut-le-coeur, j’expérimente par procuration la nausée.

La jeune femme enceinte, la sainte allongée sur le divan vert a à nouveau une tartelette rouge à la main. Elle est son geste.

 
La jeune femme blanche est la sainte Lidwine, la sainte performeuse.

 La voix s’est tue pour toujours. Lidwine, écrit le texte blanc sur le mur noir, est morte d’indigestion.

 
Générique de fin

 Claire est la jeune femme rouge

Lidwine est la jeune femme blanche

Anne-Laure est la voix

Les sept tartelettes sont aux fraises.

 
La jeune femme blanche sort par la porte à l’extrême droite du mur blanc derrière la table sur laquelle est posé le carton à hauteur de pâtisserie, et la lampe orange à hauteur d’épaule humaine.

 
Applaudissements du public.

 
Il est proposé en collation du sirop de fraise à l’eau.


Catherine Redelsperger

Paris, le 13 juin 2007 .

 

 

 

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